AMI Émérite 2003 – Urbain Beauvais

Compilation et rédaction faites par M. André Carle pour l’Hommage de l’AMI au Frère Urbain Beauvais, en  ce 3 mai 2003

Il y a une quarantaine d’années, on fêtait ainsi un Maître des Novices …         (air : cadet Roussel)

 

Connaissez-vous qui nous fêtons (bis) Nous vous disons, bien chaud merci (bis)
C’est le Frèr’ Maîtr’, comm’ de raison (bis) Les postulants, novices aussi (bis)
Toujours vaillant, sans cesse en veine, Tous les succès que l’on remporte,
Toujours souriant, jamais en peine, C’est grâce à vous, en quelque sorte,
Ah! Ah! Ah! Oui vraiment Ah! Ah! Ah! Oui vraiment
Cela vaut bien un compliment. Cela vaut bien un compliment.

Voilà deux couplets d’un texte composé par Frère Laetare Maheux, lors de la collation de Maîtrise en Littérature, dédié au Frère Roger- Bernard et repris lors de son 25e anniversaire de vie religieuse.

Aujourd’hui rédiger quelques notes biographiques à l’endroit du Frère Urbain Beauvais demande une certaine réserve. Faire l’éloge d’un artiste de la plume qui depuis plus de 25 ans a fait l’éloge de près de 150 de ses confrères constitue un défi de taille mais … aussi un plaisir agréable. Je suis aidé par le destin car il y a quelques décades Novices et postulants des années 50 à 65 ont su décrire le jubilaire Beauvais avec grande perspicacité. Le tableau que vous avez devant vous en est la preuve évidente. 15 fois au moins des jeunes ont composé  des  adresses  finement  présentées  dont  vous  voyez  un  résumé  en  une  cinquantaine  de  mots  bien  choisis.  Ils  sont représentatifs de la personnalité du Professeur des Postulants et du Maître des Novices. Écoutez ce que disaient les Heureux Jeunes des années 1951 à 1955.

Novices et Postulants de 1951                                          Un mot sort spontanément de nos cœurs « merci » :

Merci du magnifique exemple de vie religieuse que vous donnez ; Merci de la solide instruction et de la formation que vous inculquez ; Merci de la patience théorématique et géométrique que vous déployez ; Merci des encouragements nombreux que vous communiquez ;

Merci de vos catéchismes captivants sur la Vierge Marie que vous offrez ; Merci du dévouement pour les patinoires glacées que vous fabriquez.

Postulants et Novices de 1953 et 54                                 Cher sympathique et dévoué Professeur :

Votre science profonde jointe à votre dévouement constant fait notre admiration. Géométrie, latin, anglais, si habilement enseignées, n’ont pas de secret pour vous. Votre physionomie souriante nous communique votre joie et votre ardeur au travail.

Vos histoires missionnaires et vos catéchismes doctrinaux développent en nous l’esprit de servir.

Vos précieux petits conseils nous incitent à mieux préparer notre futur apostolat.

Votre zèle et votre bonté, votre sourire et votre dévouement nous comblent sans cesse.

Novices et Postulants de 1955.                                         Bienveillant pédagogue et patient professeur :

Vos explications claires et abondantes possèdent la merveilleuse clé d’or qui ouvre les portes de notre intelligence.

Vos cours de religion et vos tableaux de pensées nous imprègnent de solides convictions pour bâtir notre édifice mariste et chrétien. Habile latiniste, maître linguiste, historien généraliste, vous êtes aussi infirmier secouriste, jardinier fleuriste et arroseur patinoiriste. Tact, dextérité, netteté, persévérance, sympathie sont vos qualités de médecin estimé.

Que le grand Saint Pierre inscrive fidèlement toutes vos bonnes œuvres au tableau d’honneur du paradis et les récompense selon vos mérites.

Un confrère Jacques Bélisle a bien voulu écrire quelques lignes sur notre Jubilaire Émérite.

J’ai fait connaissance du frère Urbain a l’été 1966 alors que je faisais mon entrée au postulat. L’austérité des lieux, accréditée par le sérieux du projet religieux devant y être vécu, contribuait, de prime abord, à créer une distance jugée normale entre le Maître et ses jeunes aspirants. Le temps faisant son œuvre et les rumeurs s’estompant par l’action du vécu quotidien, je pris plaisir à entrer en contact avec le frère Urbain. Exception faite du titre de Maître, je découvris, à l’instar de moi-même, le grand sportif, le causeur animé et l’amant de la nature.

Plein de vitalité, il prenait part à nos jeux avec ardeur et intensité. Il fut, à l’occasion, victime, lors de joutes de hockey, de l’ardeur juvénile de quelques jeunots bien campés physiquement. Cela était bien sûr contraire à la gravité religieuse ambiante, nécessitant un rappel à l’ordre lors de l’instruction suivante. Loin de prendre ombrage, frère Urbain nous ramenait alors à une juste perspective entre l’intensité au jeu et le nécessaire respect des personnes.

Formateur inné, frère Urbain avait tout le doigté nécessaire pour nous inculquer les valeurs et les principes essentiels à l’édification d’une personnalité bien équilibrée. L’exemple de sa vie bien nourrie par un bagage intellectuel et doctrinal reconnu contribuait aussi à susciter l’incontournable motivation qui devait nous animer lors de notre passage dans cette inoubliable maison de formation.

Un autre grand ami, frère Alexis Pâquet ajoute ceci :

J’ai connu le frère Urbain, jadis Roger-Bernard, alors que j’étais surveillant au juvénat et lui scolastique, durant les années 1942-44. J’ai retenu qu’il était sportif (hockey sur glace, ballon volant, baseball : lanceur).Il chantait assez bien pour qu’on lui confie le solo de l’Agnus Dei de la célèbre messe du Sacre du chanoine  Émile Brune.

Pour les études il se classait deuxième, excepté lorsque frère Louis Grégoire lui cédait la première place. Dans la troupe de théâtre de l’École Normale, on lui confiait le rôle qui exigeait la meilleure mémoire, par exemple le rôle d’Athalie de Racine. Et il s’en tirait avec élégance.

Passons sur ses premières années d’enseignement  et insistons sur son titre de professeur des postulants, en belles-lettres, à St- Hyacinthe. Il commence alors une période super active de sa vie d’enseignant,  puisqu’il fut pratiquement  seul chargé de toutes les matières académiques. De plus, il est ressource ordinaire dans l’organisation de la vie de groupe et de la maison. Imaginez la somme de travail qu’il dut fournir : préparation, enseignement, corrections, célébrations communautaires, services d’infirmier, nombreux imprévus et quoi encore ?

Durant tout ce temps, il employa les fins de semaine et les longues vacances à suivre des cours de perfectionnement et à rafler les brassées de diplômes. Il a bénéficié de sessions d’études religieuses telles que Lumen Vitae en Belgique, année de spiritualité  en France. Il était prêt et digne, compétent  et spirituel pour devenir Maître des Novices. Il s’est révélé homme de prières, habitué au discernement et doué pour  la formation mariste. Huit années de service et de mission accomplie.

Un autre confrère, Jean Loiselle a bien voulu écrire quelques lignes sur notre frère Urbain.

Une carrière aussi bien remplie que celle du frère Urbain ne peut se résumer en quelques lignes. Aussi je ne tenterai pas cet exploit, mais je ne peux taire ma satisfaction en apprenant que l’A.M.I. avait placé le nom du frère Urbain à son palmarès de mai 2003.  N’ayant pas eu la chance de vivre avec Urbain durant ses années de forces vives,  nos chemins se sont rencontrés à quelques reprises, particu- lièrement en 1947 où il me remplaçait au Juvénat Notre-Dame et en 1969 où je le remplaçais au Noviciat.

Je n’insisterai donc sur cette période que pour souscrire à la réputation que Urbain s’est taillée comme religieux engagé et comme professeur compréhensif,  habile et compétent. Spécialisé en littérature et en sciences religieuses, frère urbain a enseigné avec une égale facilité les sciences pures et les mathématiques  Il excellait également  dans les sports, surtout le hockey et le baseball. Pas étonnant que les Supérieurs aient jeté leur dévolu sur cet homme cultivé et polyvalent, religieux sincère et dévoué, véritable fils de Champagnat qui désirait que les ‘’Frères se rendent capables de tout’’ pour en faire bénéficier le Noviciat durant deux décennies, soit comme professeur des postulants soit comme maître des novices. On peut dire sans exagération qu’il a laissé sa marque, au noviciat.

J’ajouterai que le frère Urbain continue à faire profiter ses confrères de ses talents poétiques, en assaisonnant d’une touche lyrique la fête des jubilaires de l’année et autres célébrations maristes.

Frère Bélisle continue ainsi sa narration :

Je devais reprendre contact avec frère Urbain à Iberville. Reconnu par ses pairs, il avait été invité à incarner le rôle de provincial de sa communauté.  Ses qualités  de leader,  sa solide  formation  religieuse,  sa facilité  à entrer  en relation  et sa vision éclairée  de la vie communautaire le désignaient à ce poste.

Ayant rempli son mandat, il remit le costume d’éducateur au service des jeunes en sa qualité de professeur d’enseignement religieux, de français et d’histoire. Pleinement dans son élément, frère Urbain, fidèle à la tradition mariste, conduisit ses élèves, à apprendre à connaître, à apprendre à faire, à vivre ensemble et tout particulièrement à apprendre à être.

Par intuition,  j’oserais  affirmer  que sa vocation  d’éducateur  des jeunes lui a procuré  la plus grande satisfaction  dans sa longue carrière. Pouvoir léguer à un nombre important de jeunes un bagage éducatif de grande valeur est, la récompense ultime d’un véritable frère mariste.

Frère Alexis raconte encore la vie d’Urbain.

Il  fut  supérieur  de  la communauté  de  la Maison  provinciale  de  1976  à 1983  et de  nouveau  de  1989  à 1995.  Cursilliste  actif, expérimenté  et documenté,  il est considéré comme personne ressource particulièrement  recommandable  pour les commentaires  de l’Évangile. Frère Urbain a beaucoup étudié et il lit encore beaucoup. Aussi possède-t-il une vaste culture et il est à même d’apporter beaucoup de lumière dans les colloques ou dans la simple conversation. S’il en est un qui peut affirmer avoir fait des études en tel ou tel autre domaine, c’est bien lui et cela donne du poids à ses dires. Il discute sans âpreté mais avec aplomb, il sait de quoi il bavarde.

Écoutons encore nos deux chroniqueurs, les frères Jacques Bélisle et Alexis Pâquet :

Le sablier du temps n’arrêtant point son œuvre, frère Urbain dût à regret penser à sa retraite. Loin de se croiser les bras, il exploite son talent d’écrivain à la mémoire de ses confrères disparus. Doué de talents, de perspicacité et de facilité pour écrire, il sut et sait toujours rappeler avec finesse et délicatesses les étapes marquantes de la vie de chaque défunt, tels les Frères Aimé Lortie, Laetare Maheux et Maurice Boudreault. Il intéresse ses lecteurs par des anecdotes, le rappel de quelques idiosyncrasies ou le souvenir de réalisations uniques du défunt. Sans être introspectif à l’excès, frère Urbain glane avec minutie et respect les belles fleurs à contempler du jardin personnel de chaque disparu.

De nombreux articles substantiels ont aussi été produits durant son provincialat, dans le Bulletin Mariste. Au fil des ans, nous avons, d’autres part, fréquemment été conviés à la lecture de poèmes aux rimes mélodieuses,  tributaires d’un vocabulaire sémantiquement précis pour envoûter l’imaginaire du lecteur. En effet, la plume du biographe cède souvent la place à celle du poète. Cela met encore en lumière le souci du frère Urbain de partager ses talents pour le plaisir de ses confrères.  On y retrouve le souffle poétique, l’esprit d’observation,  le mot bienveillant,  la tournure élégante, la touche mariste. Des dizaines de poèmes entiers et des centaines de quatrains de belle venue. Une richesse inégalée produite pour chanter la vie Mariste et ses héros. Nous en reparlerons un peu plus tard.

Frère Loiselle tient à signaler un fait marquant, personnel certes mais intéressant et descriptif du genre de personnalité qu’a été frère Beauvais durant son supériorat provincial d’Iberville, dans les années 1973-1976.

Je dois avouer que ce n’était pas tout à fait désintéressé de ma part ! On était au printemps de 1975, je travaillais comme conseiller d’orientation à l’E.S.M.C. Un certain matin frère Urbain arrête me saluer au bureau avant de quitter pour ses visites; c’était d’ailleurs une de ses bonnes habitudes Tout en causant, il me demande :  ‘’Avez-vous pensé à prendre un peu de repos aux prochaines vacances ? Plutôt embarrassé pour répondre, il me fait même quelques suggestions … Et tout à coup, me vint un éclair de génie. Hésitant, je lui fais part bien humblement d’une invitation pour un congrès de l’Association internationale des Conseillers d’Orientation, à Lisbonne. L’affaire pour moi était classée.  J’avais même répondu négativement à l’Association.

La réaction du frère Provincial fut spontanée ; ‘’Mais pourquoi pas ?’’ me dit-il. On autorise bien des voyages pour le français et même pour le sport, pourquoi pas pour l’orientation ? ‘’Envoyez une demande au Conseil Provincial avec votre itinéraire …’’  Ce qui fut fait sans retard et la réponse ne se fit pas attendre. On m’autorisait même à joindre l’utile à l’agréable. Le voyage fut merveilleux et arrivait à point! C’est une petite histoire bien personnelle, mais qui fait ressortir les qualités humaines du supérieur attentif aux besoins de ses frères. Et ce n’est qu’un petit fait entre mille !

Retraité, Frère Urbain rend de précieux services à la communauté : entretien des voitures, tenue des comptes, commissions, services des autels, etc. Et voilà qu’il a célébré ses soixante ans de profession à l’été 2002. Mille fois bravo !

Le mot de la fin est écrit par le frère Bélisle :

Être attentif aux autres, maintenir les liens fraternels, partager ses talents, vouloir faire plaisir et donner l’exemple d’une relation intime au Seigneur, voilà les grandes orientations qui caractérisent le vécu de notre jubilaire et qui en font un confrère attachant et respecté.

AMI Urbain,  lui dit Frère Jean Loiselle, félicitations pour la mission accomplie !  Puissiez-vous profiter de ces années merveilleuses qui vous restent pour prendre un peu de repos tout en continuant à être un phare pour toux ceux que vous côtoyez.

Frère Alexis conclut : Amis, ensemble, jubilons. C’est fête à la maison. rions, dansons ! Chantons Notre Urbain.

 

Chant AMI Urbain Beauvais                 Air : Sur la route de Berthier

Paroles composées                                     par M. André Carle

 

Refrain : Ah ! que sa vie est belle, belle Couplet 4 Infirmier de jour, de nuit (bis)
Que sa vie est belle, belle, à Urbain. Corps et âmes, grand soin, il prit (bis)
Avec brio (bis), avec bonté (bis)
Couplet 1 Un Grand Maître au noviciat (bis) Avec brio, avec bonté
Il forma ses bons grands gars (bis) Il mérite nos mercis, cis, cis, cis.
Avec brio (bis) Avec sagesse (bis)
Avec brio, avec sagesse. Couplet 5 Urbain savait captiver (bis)
Il mérite nos vivats, vats, vats, vats. De Marie, il sut parler (bis)
Avec brio (bis) avec ferveur (bis)
Couplet 2 Enseigne histoir’, poésie (bis) Avec brio, avec ferveur
Latin et géométrie (bis) Il mérite nos clameurs, eurs, eurs, eurs.
Avec brio (bis), avec patience (bis)
Avec brio, avec patience. Couplet 6 Jovial, bon et maestro (bis)
Il mérite nos louanges, anges, anges, anges. Paternel, presque héros (bis)
Avec brio (bis), avec grand cœur (bis)
Couplet  3 Hockey, fleurs et J.E.C. (bis) Avec brio, avec grand cœur.
Il rendait services variés (bis) Il mérite grands honneurs, eurs, eurs, eurs.
Avec brio (bis) avec entrain (bis)
Avec brio, avec entrain
Il mérite nos bravos, vos, vos, vos .